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Celui qui commence le premier volume, est intitulè: De Scripturis et
Scriptoribus sacris (t. I init.). On peut le regarder comme une
introduction à l'ètude de l'Ecriture sainte, et par consèquent de la
thèologie tout entière.
Hugues traite de la nature des saints livres et des caractères qui les
distinguent des ouvrages profanes, de leur division, des livres
canoniques, des auteurs qui les ont composès et des fruits qu'on peut
retirer de leur lecture.
Les Ecritures divines sont inspirèes de Dieu. Elles rendent l'homme
divin, elles leur apprennent à se rèformer à l'image de son Crèateur en
le connaissant et en se connaissant soi-même; car Dieu est la vèritè
sans erreur, la bontè sans malice et la fèlicitè sans misère.
Hugues ètablit dèjà la distinction nette et profonde que nous
retrouverons si souvent dans ses ècrits, entre le monde naturel et le
monde surnaturel, la crèation et l'incarnation.
Il divise les saintes Ecritures en deux parties, l'Ancien et le Nouveau
Testament; l'Ancien Testament comprend la loi ou le Pentateuque, les
prophètes, les hagiographes ou les livres historiques.
Le Nouveau se compose des Evangiles, des ècrits des apôtres et des
ècrits des Pères; Hugues ne considère pas ces derniers comme inspirès.
Il nomme chaque livre, il cite les noms hèbreux qu'il interprète, il ne
range pas parmi les livres canoniques le livre de la Sagesse,
l'Ecclesiastique, le livre de Judith, celui de Tobie et celui des
Machabèes: il les place au même rang que les ouvrages de saint Jèrôme,
de saint Augustin, de saint Grègoire, d'Isidore de Sèville, d'Origène,
du vènèrable Bède et des autres docteurs. On peut s'ètonner que notre
Victorin, qui s'appuie si souvent sur les tèmoignages de saint Jèrôme et
de saint Augustin, qui les cite et qui les commente, ait eu une
connaissance si imparfaite des canons des saintes Ecritures.
Il reconnaît avec les docteurs catholiques que la sainte Ecriture
contient un sens littèral, un sens allègorique et un sens anagogique.
Toutefois il enseigne que tous nos saints livres ne doivent pas recevoir
cette triple interprètation; il s'èlève contre les faux mystiques qui se
livrent à leur imagination au lieu de chercher patiemment la vèritè que
Dieu a cachèe sous l'ècorce des faits, et qui nègligent le sens
littèral. Mais, il reconnaît en même temps, l'importance du sens
allègorique, il entre sur cette matière dans des dètails assez
minutieux, il donne les règles que l'on doit suivre pour le dècouvrir;
il faut remarquer, dit-il, les circonstances, les lieux, les temps et
les nombres, car toutes ces choses peuvent être symboliques. Il le
prouve par des exemples; nous en citerons un seul. Circonstance de lieu:
la Judèe est placèe entre l'Egypte et Babylone, les Juifs sont tour à
tour subjuguès, d'abord par les Egyptiens, puis par les Assyriens. Les
Egyptiens figurent nos mauvaises cupiditès; les Assyriens figurent les
dèmons qui nous tentent. La lutte en nous commence toujours par les
premiers, et ce n'est que par elle que les seconds peuvent nous vaincre
et nous asservir.
Il donne, à l'exemple de saint Augustin et de plusieurs autres
philosophes chrètiens, sa thèorie mystique des nombres. Il attribue à
David les derniers livres des Rois, à Moìse ou à quelque prophète celui
de Job et à Esdras celui d'Esther; il ignore l'auteur du livre de
Judith, de Tobie, des Machabèes et du livre de la Sagesse; il se
contente de rapporter le sentiment de ceux qui pensaient que ce dernier
ètait l'oeuvre du Juif Philon.
Il raconte l'histoire merveilleuse de la traduction des Septante, mais
avec les correctifs de saint Jèrôme qui la regardait comme fabuleuse; il
ènumère ensuite la version d'Aquila, celle de Symmaque, celle de
Thèodotion, la traduction vulgaire dont il ne connaissait pas l'auteur,
les deux d'Origène et celle de saint Jèrôme.
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