CHAPITRE 23

Hugues, à l'occasion de la position respective du pays de Babylone et de l'Egypte, promet de faire voir dans une description de la mappemonde que le premier est au nord et le second au midi de Jèrusalem. Cette mappemonde ètait sans nul doute une carte gèographique; deux manuscrits prouvent que cette carte existait au XIVe siècle. Ni les Bènèdictins ni M. Haurèau ne l'ont retrouvèe. Seulement celui-ci èmet d'une voix timide cette hypothèse, qu'on pourrait regarder comme un fragment de cette description un opuscule intitulè De locis circa Jerusalem, qui se trouve dans un manuscrit de Saint-Victor n. 567, olim 801, avec d'autres oeuvres de même docteur.

Les extraits forment un ouvrage divisè en trois parties qui n'ont rien de commun entre elles que l'inscription et le prologue. Aussi les èditeurs, conformèment à la plupart des manuscrits, n'ont pas fait difficultè de le sèparer. Mais l'ordre dans lequel ils les ont rangès n'est pas le vèritable. On a mis au second rang celle qui devrait être au premier . La première partie (t. III, col. 191) contient 1o la division de tous les actes avec l'histoire de leur origine, et leur dèfinition; le tout copiè presque mot à mot du Didascalicon; 2o un abrègè de gèographie tirè des anciens, comme si le monde n'eût pas changè avec le cours des siècles; 3o un prècis d'histoire qui finit pour l'Orient à l'impèratrice Irène et pour l'Occident au roi Philippe-Auguste Preuve qu'il n'est point de Hugues, puisque Hugues ètait mort à cette èpoque.

La seconde partie (t. I, col. 633) contient une explication allègorique en treize livres, des passages les plus remarquables de l'Ecriture Sainte.

La troisième comprend (t. III, col. 899) cent sermons; dans le quatrième de ces sermons on cite le traitè de saint Bernard, De la considèration, qui n'a ètè composè qu'après l'exaltation du pape Eugène III, et par consèquent depuis la mort de notre auteur: nouvelle preuve de supposer que cet extrait n'est pas de Hugues.

Mais à qui attribuer cette compilation estimable à certains ègards? Les manuscrits varient sur ce point. Outre un assez grand nombre qui l'adjugent à Hugues de Saint-Victor, il en est qui en font honneur à Richard, d'autres à Hugues de Foulois; plusieurs enfin n'ont pas de nom d'auteur. Une des raisons qui prouvent contre Hugues, prouve contre Richard, mort en 1173; il n'a pas vu le règne de Philippe-Auguste. A l'ègard de Hugues de Foulois, quoique la date de sa mort soit incertaine, il est nèanmoins hors de doute qu'il ne survècut pas à Richard.

Selon toute apparence, c'est un recueil fait par un des disciples de Hugues et de Richard, qui a ramassè çà et là, mais surtout parmi les ècrits des Victorins, ce qui lui a paru plus convenable à son dessèin. On pourrait croire alors que parmi les cent sermons dont nous venons de parler se trouvent en partie ceux que Hugues et Richard avaient composès. Mais comment les discerner?