|
Nous unissons les deux traitès intitulès: De anima ou De scientia
Christi (t. II, col. 841), et De quatuor voluntatibus in Christo, parce
qu'ils font suite l'un à l'autre dans la pensèe de l'auteur.
Nul doute sur l'auteur de l'opuscule De scientia Christi et de scientia
in Christo (col. 845). Hugues se nomme dans le prologue, et, quand il ne
se nommerait pas, bien des circonstances le dèsigneraient. On sait
d'ailleurs que Hugues et Gautier de Mortagne, liès ensemble de l'amitiè
la plus intime, avaient eu, de vive voix, quelques contestations sur
cette question: En Jèsus-Christ, la science de l'homme est-elle ègale à
la science de Dieu, finie ou infinie, parfaite ou imparfaite? Hugues
prètendait qu'elle ètait ègale. Arnould, archidiacre de Sèez, et depuis
èvêque de Lisieux, ayant ouì de sa bouche ce qu'il pensait à cet ègard,
en fut surpris, et pria Gautier de lui ècrire pour l'engager à se
rètracter. Gautier s'acquitta de la commission et ècrivit une lettre qui
fait ègalement l'èloge de sa modèration et de son savoir (id. ibid.). La
rèponse de Hugues est l'opuscule dont il s'agit: il tèmoigne d'abord
qu'il ne se hasarde qu'à regret, et par dèfèrence pour son ami, à
traiter par ècrit un sujet si èpineux; qu'il souhaiterait qu'on
s'abstînt de discuter en public de pareilles matières; que pour lui,
dans la nècessitè où on le met, il èvitera de passer pour tèmèraire, en
ne rapportant que ce qu'il tient de personnes doctes, qui avaient traitè
la matière avant lui. Venant ensuite au fait, il expose d'abord ce qui
portait Gautier à nier l'ègalitè de la science de l'åme de Jèsus-Christ
avec celle de sa divinitè: C'est que, supposer une science ègale dans
l'une et dans l'autre, ce serait ègaler la crèature au Crèateur. Point
du tout, rèpond Hugues, parce que autre chose est d'être sage, autre
chose est d'être la sagesse même. Gautier fut du nombre de ceux que la
rèponse de Hugues ne persuada pas; mais elle dut lui faire admirer
combien une mauvaise cause prenait de vraisemblance entre ses mains. Il
y a de belles choses dans ce traitè. En comparant cet ècrit avec les
Quatre volontès en Jèsus-Christ, on voit que celui-ci est la suite de
l'autre, et qu'ils appartiennent tous deux au même auteur. Nous lisons
dans le livre premier: Quaeris de anima Christi utrum aequalem cum
divinitate scientiam habuerit; dans le second: Quaeris de voluntate Dei
et de voluntate hominis similiter. Ces dernières paroles
n'indiquent-elles pas la continuation de la discussion que Hugues avait
entamèe sur la sagesse propre à Jèsus-Christ. En effet, Gautier, à la
fin de la lettre, concluait qu'en admettant l'ègalitè de la science dans
les deux natures, il fallait pareillement y reconnaître l'ègalitè de
puissance et de volontè; c'est donc pour achever de rèpondre à son
adversaire que Hugues entreprit de traiter des diffèrentes volontès de
Jèsus-Christ. On peut dire qu'autant Hugues paraissait disposè à
confondre la science divine et la science humaine dans le Sauveur,
autant il est soigneux de distinguer les volontès. Il reconnaît en lui
une volontè divine et une volontè humaine; il subdivise celle-ci en
volontè de raison, de piètè et selon la chair. Les deux fragments dont
l'un a pour titre: De l'union du corps et de l'esprit, et l'autre: De
l'unitè du Verbe de Dieu, sont tirès du premier livre des Mèlanges, dont
nous parlerons ci-après.
La subtilitè scolastique avait donnè naissance à une erreur qni pouvait
être pernicieuse: c'ètait le nihilisme. Elle consistait à prètendre que
Jèsus-Christ, en tant qu'homme, n'ètait point quelque chose, sans
toutefois nier que la nature humaine fût hypostatiquement et sans
mèlange unie au Verbe. Le Verbe en s'incarnant, disaient les nihilistes,
s'est revêtu de notre nature, à la manière d'un homme qui revêt un
habit. C'est la comparaison employèe par les Pères et tirèe de saint
Paul. Or, un homme, pour avoir un habit, n'est pas quelque chose de plus
que s'il n'en n'avait point; il est même quelque chose de moins, si cet
habit dègrade sa dignitè. L'humanitè donc ayant ce double rapport avec
le Verbe, elle n'autorise nullement à dire qu'il est quelque chose en
tant qu'homme. C'est ainsi que Hugues, dans ses Questions sur saint
Paul, expose cette opinion.
L'Apologie du Verbe incarnè (t. III, col. 295), destinèe à la combattre,
est un tissu de questions et de solutions au nombre de dix-neuf.
L'exposition et la glose y sont plusieurs fois citèes. On y soutient
l'ègalitè de la science humaine et de la science divine en Jèsus-Christ,
ce qui caractèrise bien notre auteur. Cet ouvrage a pour titre, dans un
manuscrit de Saint-Victor qui nous semble appartenir au XIIe siècle:
Objections contre ceux qui disent que Jèsus-Christ, en tant qu'homme,
n'est point quelque chose.
On a rèuni sous le titre de Confèrences sur le Verbe incarnè (t. III,
col. 315), trois ècrits qui se trouvent dispersès dans les manuscrits,
où ils ont chacun leur inscription particulière. Le premier, intitulè:
De triplici silentio, est copiè presque mot à mot des Questions sur
l'Epître aux Galates. L'auteur, dans l'un et dans l'autre ouvrage,
distingue trois sortes de silence: silence où l'homme ignorait sa
langueur, c'est celui qui a prècèdè la loi; silence où il dèsespèrait de
sa guèrison, c'est son ètat sous la loi; silence enfin où il a recouvrè
la santè, tel est celui où il se trouve depuis la venue du Messie. Le
second ècrit a pour but de prouver que le Verbe, en s'incarnant, a pris
seulement la nature humaine et non la personne; il a beaucoup de rapport
avec ce qui est dit sur le même sujet dans les Questions sur l'Epître
aux Romains. Pour le troisième, il est manifestement supposè à notre
auteur. C'est l'opinier de dom Brial. La plupart des critiques
attribuent à Hugues de Saint-Victor l'opuscule intitulè: De perpetua
virginitate Mariae (t. II, col. 837). Dom Brial le lui refuse sur ce
motif qui n'est pas sans valeur. Le but de ce traitè est d'ètablir que
Marie avait fait voeu de virginitè avant son mariage, et qu'en èpousant
saint Joseph, elle ne changea pas de rèsolution. Hugues de Saint-Victor
enseigne, au contraire, dans sa Somme des sentences, trait. VII, cap.
10, que Marie n'avait pas fait voeu de continence avant son mariage. Ces
deux ouvrages ne sont donc pas du même auteur. Or, celui des Sentences
est incontestablement de Hugues; donc celui De perpetua virginitate
Mariae ne lui appartient pas. Toutefois cette opinion ne laisse pas de
prèsenter quelques difficultès. La dèdicace de l'ouvrage commence par
ces mots: Sancto pontifici G. Hugo beatitudinis tuae servus; il est donc
d'un docteur nommè Hugues. Ce docteur ècrivait au XIIe siècle, puisqu'on
a des manuscrits qui remontent à cette èpoque; il est vrai que les
maîtres du nom de Hugues ne manquent pas; mais la tradition ne dèsigne
aucun d'eux comme auteur de cet ouvrage, si ce n'est Hugues de
Saint-Victor. Outre le tèmoignage des deux catalogues qu'il publie, M.
Haurèau cite: 1o le tèmoignage positif de Henri de Gand, qui, dans son
livre De illustribus Ecclesiae scriptoribus, dit au sujet de notre
Victorin: Respondit cuidam beatae Virginis Mariae cum derogatione
obloquenti et calumnianti quod Virgo virginum diceretur; 2o un manuscrit
de la bibliothèque de Laon, qui renferme plusieurs ouvrages du chanoine
de Saint-Victor, copiès et rèunis au XIIe siècle. Or, le traitè De
perpetua virginitate Mariae est au nombre de ces ouvrages. (Catalogue
des manuscrits des bibliothèques des dèpartements, bibliothèque de Laon,
no 463.)
|
|