CHAPITRE 28

Le grand ouvrage qui porte le titre de Mèlanges (t. III, col. 469) est, comme les extraits allègoriques, un ramas de lambeaux tirès de divers ècrits dont on ignore le compilateur. Ces Mèlanges sont ordinairement sèparès dans les manuscrits en deux cahiers dont le premier comprend deux livres, savoir: un livre d'èclaircissements sur diffèrents textes de l'Ecriture sainte et sur divers points de morale sous deux cents titres ou chapitres; un autre qui est une espèce de commentaire abrègè des psaumes dont nous avons rendu compte plus haut. Le second cahier est composè de quatre livres qui renferment des sermons ou portions de sermons, des lettres, des remarques sur l'Ecriture, des extraits de traitès moraux, le tout sous diffèrents titres et sans aucune liaison. Le titre 53 du IIe livre De uberibus Sponsae attributis est un prècis du dixième sermon de saint Bernard sur le Cantique des cantiques (saint BERNARD, vol. I, 1287); le titre 107 De tribus osculis est tirè des quatre-vingt-sept sermons du même Père De diversis (ID. ibid. 1239). C'est encore dans le quinzième sermon de ce Père qu'on a puisè la fin du titre 132 De triplici oleo. Au titre 58 du troisième livre on voit une partie d'un sermon de Geofroi, quatrième abbè de Clairvaux, qui se trouve parmi les oeuvres supposèes de saint Bernard, tom. II, p. 1309. De là nous infèrons que cette compilation a ètè faite à peu près vers le même temps que celle des Extraits, et qu'ètant d'un goût assez ressemblant, elles ont le même auteur. Quoique nous ayons dètachè de cette collection les pièces qui nous ont paru appartenir incontestablement à Hugues, nous sommes portès à croire qu'elle en contient beaucoup d'autres qu'il pourrait revendiquer, mais quel moyen d'en faire le discernement? Nous devons toutefois en distraire encore avec dom Brial trois lettres qu'on ne peut refuser à Hugues de Saint-Victor (t. II, col. 1011). Les deux premières sont ècrites à un nommè Ranulphe de Mauriac qu'il appelle son frère. L'une est une lettre de compliments où il assure Ranulphe de son amitiè et lui demande la continuation de la sienne. L'autre contient des rèponses à quatre questions sur autant de passages de la sainte Écriture. La troisième est plus importante. Vers l'an 1136, les Arabes ètablis en Espagne exercèrent une violente persècution contre les chrètiens de la ville et du district de Sèville soumis à leur domination. Jean, archevêque de Sèville, au lieu d'encourager le peuple par son exemple et ses discours, leva l'ètendard de l'apostasie et apprit dogmatiquement aux faibles à l'imiter sans remords. Sa doctrine consistait à dire qu'on peut abandonner extèrieurement la foi chrètienne, pourvu qu'on la conserve dans le fond de son coeur. Hugues, envisageant les suites funestes d'une erreur si dètestable enseignèe par un archevêque, ne put retenir son zèle. Il ècrivit à ce prèlat une lettre savante et pathètique où il fait voir dans quel prècipice il se jette lui et ses ouailles. Baronius fait tant de cas de cette lettre qu'il la cite tout entière dans ses Annales.