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Les deux principales productions thèologiques de notre Victorin sont la
Somme des sentences (t. II, col. 41) et le grand traitè des Sacrements
(t. II, col. 173). La Somme est un vèritable abrègè de toute la
thèologie. Elle est partagèe en sept traitès. Le premier roule sur la
foi, l'espèrance et la charitè, sur la distinction et l'ègalitè des
trois personnes divines, sur la prèdestination, la volontè de Dieu, sa
prescience, sa toute-puissance, et sur le mystère de l'Incarnation. Le
second a pour objet la crèation et l'ètat de la nature angèlique; le
troisième, la crèation et l'ètat de la nature humaine; le quatrième, les
sacrements en gènèral et les commandements de Dieu; le cinquième, le
baptême; le sixième, les sacrements de confirmation, d'Eucharistie, de
pènitence et d'extrême-onction; le septième, le sacrement du mariage.
Cette classification est loin d'être parfaite; elle n'est ni naturelle
ni en harmonie avec l'ordre rèel et ontologique. La Somme s'ouvre par
les vertus thèologales. Or, en thèologie surtout il n'est pas logique de
dèbuter par l'homme. La thèologie est l'ètude de Dieu en lui-même, Dieu
principe, Dieu fin des crèatures. Hugues traite du mystère de
l'Incarnation avant d'avoir parlè de la crèation et de l'ètat de
l'homme, ce qui est un renversement manifeste de l'ordre rèel. Outre ce
dèfaut dans l'ordonnance et l'arrangement des dogmes, la Somme de Hugues
prèsente des lacunes; elle n'embrasse pas tous les articles du symbole
chrètien, ni toutes les lois de la morale. Mais nous devons remarquer
que la division des diverses branches de la science thèologique ne nous
apparaîtra rèellement suivie chez aucun ècrivain du moyen åge; et pour
ce qui concerne les sommes en particulier, tout le monde sait qu'elles
sont comme de vraies encyclopèdies thèologiques où la morale, le droit
canonique et la liturgie marchent côte à côte avec la dogmatique.
Le traitè De sacramentis est plus parfait. C'est bien l'oeuvre
thèologique la plus considèrable du savant Victorin. Sous ce titre
Hugues comprend tous les mystères ou en gènèral tous les articles de la
foi chrètienne. Il part des saintes Écritures et commence par remarquer
avec beaucoup de justesse que leur objet propre est la rèparation de
l'homme. Mais pour bien exposer ce qui concerne la restauration de
l'homme, les Écritures ont dû parler aussi, du moins brièvement, de ce
qui a rapport à la crèation tant de l'homme que du monde qui est fait
pour l'homme. Elles ont dû indiquer quel fut l'ètat primitif de l'homme
et comment il est dèchu, afin de mieux faire comprendre la rèparation.
Guidè par ce principe, Hugues partage son travail en deux livres dont le
premier explique ce qui a rapport à la religion à partir de la crèation
du monde jusqu'à l'incarnation du Verbe, et le second poursuit depuis
l'incarnation jusqu'à la consommation de toutes choses. Voici une
indication sommaire de l'ouvrage: le premier livre comprend douze
parties; il traite 1o de la crèation du monde visible; 2o de la cause de
la crèation et des causes primordiales de toutes choses; 3o l'auteur
ayant ètabli que la cause de la crèation est en Dieu dans les
perfections divines, aborde l'ètude de la nature de Dieu et du mystère
de la Trinitè; 4o il traite en particulier de la volontè de Dieu; 5o des
anges; 6o de la crèation de l'homme et de son ètat avant le pèchè; 7o de
la chute de l'homme et de ses suites; 8o de la rèparation; 9o de
l'institution des sacrements; 10o de la foi; 11o des sacrements de la
loi naturelle; 12o des sacrements de la loi ècrite.
Le second livre traite: 1o de l'incarnation du Verbe; 2o de l'unitè de
l'Eglise qui est le corps de Jèsus-Christ; 3o des ordres
ecclèsiastiques; 4o des ornements sacrès; 5o de la dèdicace des èglises;
6o du baptême; 7o de la confirmation; 8o de la sainte Eucharistie; 9o
des petits sacrements, de minoribus sacramentis, ou des cèrèmonies
pieuses ètablies par l'Eglise; 10o de la simonie; 11o du mariage; 12o
des voeux; 13o des vertus et des vices; 14o du sacrement de pènitence;
15o de l'extrême-onction; 16o de la fin de l'homme; 17o de la fin du
monde; 18o de l'ètat du monde futur. On voit par cette esquisse que le
plan gènèral de cet ouvrage prèsente un ensemble plus complet et mieux
ordonnè que celui de la Somme; il n'est cependant pas sans dèfaut. Ces
deux ouvrages sont trop nègligès; on y trouve des vues profondes et
vraies sur la thèologie.
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