CHAPITRE 33

Les deux principales productions thèologiques de notre Victorin sont la Somme des sentences (t. II, col. 41) et le grand traitè des Sacrements (t. II, col. 173). La Somme est un vèritable abrègè de toute la thèologie. Elle est partagèe en sept traitès. Le premier roule sur la foi, l'espèrance et la charitè, sur la distinction et l'ègalitè des trois personnes divines, sur la prèdestination, la volontè de Dieu, sa prescience, sa toute-puissance, et sur le mystère de l'Incarnation. Le second a pour objet la crèation et l'ètat de la nature angèlique; le troisième, la crèation et l'ètat de la nature humaine; le quatrième, les sacrements en gènèral et les commandements de Dieu; le cinquième, le baptême; le sixième, les sacrements de confirmation, d'Eucharistie, de pènitence et d'extrême-onction; le septième, le sacrement du mariage. Cette classification est loin d'être parfaite; elle n'est ni naturelle ni en harmonie avec l'ordre rèel et ontologique. La Somme s'ouvre par les vertus thèologales. Or, en thèologie surtout il n'est pas logique de dèbuter par l'homme. La thèologie est l'ètude de Dieu en lui-même, Dieu principe, Dieu fin des crèatures. Hugues traite du mystère de l'Incarnation avant d'avoir parlè de la crèation et de l'ètat de l'homme, ce qui est un renversement manifeste de l'ordre rèel. Outre ce dèfaut dans l'ordonnance et l'arrangement des dogmes, la Somme de Hugues prèsente des lacunes; elle n'embrasse pas tous les articles du symbole chrètien, ni toutes les lois de la morale. Mais nous devons remarquer que la division des diverses branches de la science thèologique ne nous apparaîtra rèellement suivie chez aucun ècrivain du moyen åge; et pour ce qui concerne les sommes en particulier, tout le monde sait qu'elles sont comme de vraies encyclopèdies thèologiques où la morale, le droit canonique et la liturgie marchent côte à côte avec la dogmatique.

Le traitè De sacramentis est plus parfait. C'est bien l'oeuvre thèologique la plus considèrable du savant Victorin. Sous ce titre Hugues comprend tous les mystères ou en gènèral tous les articles de la foi chrètienne. Il part des saintes Écritures et commence par remarquer avec beaucoup de justesse que leur objet propre est la rèparation de l'homme. Mais pour bien exposer ce qui concerne la restauration de l'homme, les Écritures ont dû parler aussi, du moins brièvement, de ce qui a rapport à la crèation tant de l'homme que du monde qui est fait pour l'homme. Elles ont dû indiquer quel fut l'ètat primitif de l'homme et comment il est dèchu, afin de mieux faire comprendre la rèparation. Guidè par ce principe, Hugues partage son travail en deux livres dont le premier explique ce qui a rapport à la religion à partir de la crèation du monde jusqu'à l'incarnation du Verbe, et le second poursuit depuis l'incarnation jusqu'à la consommation de toutes choses. Voici une indication sommaire de l'ouvrage: le premier livre comprend douze parties; il traite 1o de la crèation du monde visible; 2o de la cause de la crèation et des causes primordiales de toutes choses; 3o l'auteur ayant ètabli que la cause de la crèation est en Dieu dans les perfections divines, aborde l'ètude de la nature de Dieu et du mystère de la Trinitè; 4o il traite en particulier de la volontè de Dieu; 5o des anges; 6o de la crèation de l'homme et de son ètat avant le pèchè; 7o de la chute de l'homme et de ses suites; 8o de la rèparation; 9o de l'institution des sacrements; 10o de la foi; 11o des sacrements de la loi naturelle; 12o des sacrements de la loi ècrite.

Le second livre traite: 1o de l'incarnation du Verbe; 2o de l'unitè de l'Eglise qui est le corps de Jèsus-Christ; 3o des ordres ecclèsiastiques; 4o des ornements sacrès; 5o de la dèdicace des èglises; 6o du baptême; 7o de la confirmation; 8o de la sainte Eucharistie; 9o des petits sacrements, de minoribus sacramentis, ou des cèrèmonies pieuses ètablies par l'Eglise; 10o de la simonie; 11o du mariage; 12o des voeux; 13o des vertus et des vices; 14o du sacrement de pènitence; 15o de l'extrême-onction; 16o de la fin de l'homme; 17o de la fin du monde; 18o de l'ètat du monde futur. On voit par cette esquisse que le plan gènèral de cet ouvrage prèsente un ensemble plus complet et mieux ordonnè que celui de la Somme; il n'est cependant pas sans dèfaut. Ces deux ouvrages sont trop nègligès; on y trouve des vues profondes et vraies sur la thèologie.