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Les sciences, les lettres et les arts semblent renaître au XIIe siècle.
Les monastères se multiplient; des ècoles rivales s'èlèvent de toutes
parts; des professeurs illustres apparaissent et rèunissent autour d'eux
de nombreux disciples. On ne craint point de s'expatrier, on ne redoute
pas les privations, pourvu qu'à ce prix on puisse entendre les leçons
d'un maître habile. Les souverains pontifes et les princes favorisent et
entretiennent cet èlan par leurs privilèges et par leurs exemples.
Tandis que les troubadours et les trouvères, dans leurs poèsies trop
souvent licencieuses, cultivent la langue vulgaire, les scolastiques
cultivent la pensèe et travaillent à organiser la science.
Parmi les ècoles cèlèbres de cette èpoque, celle de Paris tient le
premier rang. Nulle ne donnait un enseignement plus complet, nulle ne
comptait un si grand nombre d'ètudiants et des maîtres plus distinguès;
nulle ne jouissait de plus grands privilèges. Le Trivium et le
Quadrivium y ètaient enseignès dans toute leur ètendue, la mèdecine y
avait ses docteurs; le droit canon et la thèologie, ses chaires
publiques. Sa rèputation ètait si grande, qu'on y accourait de toutes
parts pour recevoir ses doctes leçons. Nous y trouvous, à cette èpoque,
des Italiens, des Allemands, des Anglais, des Suèdois, des Danois; les
Slaves mêmes n'y furent pas inconnus.
Aussi rien n'ègale les titres pompeux que lui donnent les auteurs
contemporains. Paris est l'arbre de vie plantè dans le paradis
terrestre, la source de toute sagesse, le flambeau de la maison du
Seigneur, l'arche d'alliance, la reine des nations, le trèsor des
princes. En sa prèsence, Athènes et Alexandrie pålissent. Là, disait-on,
croissent les moissons et les riches vendanges; là, David touche le
dècacorde et chante ses hymnes sur un air mystique; là, Isaìe est
commentè et ses prophèties interprètèes; là, tous les prophètes unissent
leurs accords dans un harmonieux concert; là, une parole toujours sage
attend les ètrangers pour les instruire; là est un oeillet toujours prêt
à s'ouvrir.
Ce n'ètait pas seulement la rèputation des maîtres qui attirait à Paris
cette foule d'ètrangers, c'ètait aussi la beautè de son sèjour, les
honneurs rendus au clergè, les commoditès de tout genre et l'abondance
de tout bien. L'ècole èpiscopale n'est plus la seule qui jouisse de la
cèlèbritè; d'autres s'èlèvent à ses côtès et partagent sa gloire. Toutes
ensemble formèrent dans le cours de ce siècle la plus brillante acadèmie
qui donna plus tard naissance à l'Universitè. Notre dessein n'est pas de
les embrasser toutes dans un même tableau. Nous en avons choisi une
seule: l'ècole de Saint-Victor. La rèputation dont elle jouit à cette
èpoque, l'influence qu'elle exerça sur les siècles suivants,
l'originalitè de ses doctrines platoniciennes, les hommes illustres
qu'elle produisit, nous ont paru mèriter une attention particulière.
Nous nous bornerons à l'ètude de sa fondation. Trois hommes nous
semblent y avoir spècialement concouru: Guillaume de Champeaux, qui en
rèunit les premiers èlèments, Gilduin, qui en fut le lègislateur, et
Hugues, le premier docteur dont nous connaissions positivement la
doctrine et la mèthode.
Voici les principaux manuscrits que nous avons consultès pour l'histoire
de cette abbaye; ils se trouvent à la Bibliothèque impèriale:
1. Liber ordinis Biblioth. S. Vict. n. 987.
2. Antiquitates ejusdem abbatiae, J. Thoulouse auctore, n. 1038.
3. Annales Ecclesiae S. Vict. Par. J. Thoulouse, n. 432.
4. Les vies et les maximes saintes des hommes illustres qui ont fleuri
dans l'abbaye de Saint-Victor, par Simon Gourdan, n. 1040.
5. Epitoma in philosophiam de Grammatica, auctore Hugone, n. 1058.
Nous en avons parcouru plusieurs autres qui ne sont pour la plupart que
la reproduction partielle des prècèdents. Voir les numèros 664, 670 et
15 des fonds de Saint-Victor, à la Bibliothèque impèriale.
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